Sonorisation de la Page

 

LE BICENTENAIRE DU TEMPLE DE NYONS

ET LES GUERRES DE RELIGION A NYONS

 

Conférence donnée par Mme DEMESY Jeannine

à l’occasion de l’inauguration

du Temple de Nyons rénové

le 24 Novembre 2001

 

Le premier temple

Application de l’édit de Nantes (1)

Application de l’édit de Nantes (2)

Application de l’édit de Nantes (3)

La révocation de l’édit de Nantes

Les protestants après la révocation de l’Edit de Nantes

Historique des Récollets

Jusqu'à nos jours

En conclusion

 

o o O o o

Le premier temple

 

Bien avant le 15 avril 1598, date de la promulgation de l’Edit de Nantes qui confirmait la ville de Nyons place de sûreté pour les protestants (c’est-à-dire que la garnison était protestante et payée par le roi), ceux-ci disposaient d’un temple pour la célébration de leur culte dont la construction aurait été confiée à un nommé Deydier Gauthier maître maçon de Grignan. On trouve en effet dans les comptes de la ville le reçu d’un versement qui lui a été fait le 25 mars 1575 par le consul Louys Girard « pour estre venu en ceste ville pour prendre à bastir le temple de la Religion (…) tant pour venir que son retour quatorze  jours (…) et en foy de ce led. Me Gautier ne sachant epscrire a fait son signe ».

 

Aucun autre document n’a été trouvé à ce jour pour confirmer ce fait  mais d’après Camille Bréchet on peut admettre que le calvinisme – dont les débuts dans le Dauphiné datent des prédications de Guillaume Farel, en 1532, dans son pays natal -  existait déjà à Nyons en 1559.

 

Dans son Histoire des Protestants du  Dauphiné, le pasteur Arnaud signale qu’il était :

 

-         à Die en 1551

-         dès 1555 à St Paul trois châteaux où en 1561 les protestants exerçaient librement leur culte

-          en 1556 à Montélimar.

 

 Les Nyonsais ne pouvaient pas ignorer la propagation de cette doctrine et les événements qui se passaient dans la région et pourtant, si l’on se réfère à différents ouvrages, on n’a pas l’impression que la ville soit tellement impliquée dans les guerres de religion.

 

Le pasteur Arnaud, qui donne des renseignements très détaillés sur les faits qui se sont déroulés dans les villes et villages du Dauphiné, cite Nyons pour la première fois, seulement en 1565. Il écrit, à propos de la déclaration de Roussillon (4 août 1564) qui restreint les termes de l’édit de pacification d’Amboise du 19 mars 1563, que : « Saint Auban et La Coche qui étaient tout puissants dans Nyons, une des villes de la province qui renfermait le plus de réformés,  y abolirent la messe rétablie depuis l’édit de pacification ».

 

Il indique les églises réformées qui en 1561/62 demandèrent des pasteurs à Genève, dont le Buis, le 2 février 1562, mais aucune mention n’est faite de Nyons. Il cite seulement comme pasteur, en 1565,  Toussaint Pichot.

 

Je pense qu’il n’aurait pas manqué de signaler des événements importants si Nyons en avait connu.

 

Cependant,  dès 1559, les délibérations de Nyons font état de différents événements tels que :

 

-         en novembre 1559, la poursuite des sacrilèges qui ont incendié les meubles de N.D. de Réparat, meubles qui n’avaient peut-être pas tous brûlés puisque le 1er février 1562 le conseil décide de les mettre en lieu sûr.

 

-         Le 15 octobre 1560 l’offre de 200 écus à  M. La Motte Gondrin, capitaine catholique, pour qu’il ne mette pas de soldats dans la ville.

 

-          la célébration de la messe le jour de la saint Vincent (22 janvier 1562) malgré la démolition des autels. En février 1562 il est écrit que l’on demandera l’avis de M. de Crussol sur « des affaires de nouveau survenues en l’église de Nyons » mais sans préciser de quoi il s’agit. 

 

-         le 7 juin 1562, après la prise d’Orange par les catholiques et pour obéir au roi, les consuls décident : « on mettra les armes bas, entre les mains des consuls et dans la maison de ville (…) et MM. de Baulmes et de Chasteauvieulx iront présenter les clés de la ville à M. de  Suze, député par le roi… »

 

La ville qui a été la majorité du temps protestante, ne semble pas avoir été l’objet de  grandes batailles ou d’attaques  tant de la part des protestants que des catholiques, comme ce fut le cas pour bien des communes voisines : Tulette, Mirabel, Les Pilles ou Venterol. En novembre 1573, par exemple,  on se battit sous les murs de Venterol qui fut pillé.

 

Au sujet de la « Notice historique sur Nyons », publiée en 1860 par l’abbé Vincent,  Camille Bréchet écrit dans ses « Pages d’Histoire Nyonsaise » que si des excès ont certainement été commis lors de la prise de possession de la ville par les protestants en 1563, avec des scènes de désordre, les descriptions qu’en fait l’abbé  sont très exagérées lorsqu’il parle :

 

-         du massacre horrible de 14 prêtres ? … il n’y en avait certainement pas un tel nombre

        de l’incendie DES églises ? Il n’y en avait qu’une, l’église St Vincent

        de l’incendie du couvent St Césaire ? ?

 

L’abbé Vincent dit s’appuyer sur des documents ayant appartenu à la famille Duclaux, notamment un récit fait par Gabriel Martin, personnage contesté, qui fut curé de Nyons pendant cette période et qui voulait transformer le couvent St Césaire en couvent d’hommes. Camille Bréchet n’avait pas pu consulter ces documents qui semblaient avoir disparu. J’ai moi-même contacté en vain les descendants de la famille Duclaux. Ce témoignage paraît donc contestable car on ne trouve trace nulle part ailleurs de ces faits.

 

Le pasteur Arnaud  a décrit les conditions de pacification découlant de l’édit d’Amboise - que j’ai cité précédemment – à St Paul, Dieulefit, Donzère, Montélimar et Valence, mais il écrit qu’il ne possède pas de renseignements sur les autres villes de Dauphiné   

 

Par contre, au  cours de cette même année 1563,  il se tient dans l’église des conseils de ville et des parlements généraux avec les habitants, ce qui tendrait à prouver que si le culte catholique y avait été  aboli, elle n’était pas démolie de fond en comble.

 

Camille Bréchet  précise également qu’en 1563 les Etats de Grenoble faisaient état de la modération montrée par le parti dominant c’est-à-dire le parti calviniste. Et dans les archives communales on trouve  trace de la promesse faite le 30 avril 1563 par le capitaine Bernard, au nom de l’assemblée des notables, de vivre en paix et union,  promesse qui sera régulièrement renouvelée  tout au long de ses années, ainsi que celle de rester fidèle à leur roi « garder la ville pour le roi » (ou à la reine mère lors de sa régence)

 

Après avoir décrété le 16 mars 1565 la défense de port d’armes « attendu les grands escandales qui se sont commis de présent et ce porront commettre », les consuls font état, le 1er décembre 1565  « de la paix dont jouit la ville, nul n’y portant des armes, ne faisant des assemblées, ne troublant les catholiques » et par mesure de conciliation, le 18 janvier 1568 ils décident que l’imposition de 2000 livres qui devait affecter les catholiques seuls sera faite sur toute la communauté.

 

On peut noter aussi qu’au lendemain de la Saint Barthélémy, le 31 août 1572, les consuls font le serment « à peyne de leurs vyes et honneur » de conserver la ville et le château au roi et à M. de Gordes, suivant l’édit confirmatif de la paix.

 

J ‘ai consulté, entre autres délibérations, celles de 1573. J’ai remarqué que M. Lacroix, l’archiviste départemental qui a dressé l’inventaire des archives et résumé l’objet des plus notoires, n’a rien noté entre le 24 juin et le 19 octobre 1573. Il y en a pourtant même si après le 1er juillet, date de la prise de possession de Nyons par les protestants, elles ne sont plus signées par le secrétaire Henry Marcel, ni par personne d’ailleurs. Il y est question en juillet des « papistes » qui veulent quitter Nyons et ne doivent sortir aucune huile, ni autre denrée du pays, de leur liste à établir et du séquestre des biens des papistes fugitifs sans que l’on indique leur nombre ou leur nom.

 

Pour ce qui concerne la prise de Nyons par les protestants le 1er juillet 1573, Camille Bréchet fait référence à propos de la prise de Nyons  le 1er juillet à un texte qui se trouve aux Archives départementales que je n’ai pu malheureusement consulter car les archives sont actuellement fermées pour travaux depuis le mois de juillet et ce jusqu’en mars 2002…

Haut de page

 

o o O o o

 

Application de l’édit de Nantes (1)

 

Venons en maintenant à l’application à Nyons de l’Edit de Nantes.

 

Il est ordonné « que le culte de la religion catholique romaine sera rétabli en la présente ville de Nyons pour y être fait par les ecclésiastiques et  catholiques en toute liberté et sans aucun empêchement, ainsi qu’il se faisait auparavant l’injure des guerres passées. A ces fins, avons remis et réintégré les dits ecclésiastiques et catholiques en leurs églises, chapelles et cimetières qui seront nettoyés aux dépens de qui il appartiendra avec inhibition et défense à tous les habitants du dit lieu de quelque qualité, condition et religion qu’ils soient de mettre aucun immondice aux dits églises, chapelles et cimetières, à peine de 500 escus d’amande dès à présent déclarée exigible par corps contre les contrevenants ».

 

Au début du registre paroissial catholique il y a, rédigé par Martin, prêtre, un « mémoire de ceux qui ont été baptisés hors de Nyons pendant la guerre et qui n’avaient pas reçu le saint chrême et auxquels je l’ai administré » Il commence en 1596. Il y a aussi un « livre des  baptistères des catholiques de cette ville de Nyons  baptisés en l’église paroissiale du d. lieu  depuis le jour de tous les  Saints en cette présente année 1600 ». Etait alors curé un frère cordelier Bertrand Avignon.

 

Les commissaires confirment aux protestants la possession de leur cimetière ordonnent que « sera rendu et restitué tout ce qui est parvenu des démolissements des églises qui se trouveront en nature sinon la légitime valeur de l'estimation qui sera faite par experts, qui, en cas de désaccord, seront nommés par le juge du dit lieu. »  Ils  ordonnent aussi la restitution du clocher de l’église et des cloches pour que les catholiques puissent s’en servir comme autrefois. Les portes de la ville devront rester ouvertes lorsque le service se fera de l’une ou de l’autre religion, les jours de fêtes et dimanches.

 

« Quant au Conseil général, est-il dit, l’assemblée sera faite sans distinction de religion pour la Saint Vincent venant prochainement. On élira le premier consul qui sera de la Religion ; quant au second consul et au trésorier, l’un d’eux sera catholique. Il sera choisi suivant son intelligence et sa probité ; et pour le conseil ordinaire, entrera un tiers catholique et deux tiers de la Religion. »

 

En temps que « place de sûreté », Nyons est doté d’une garnison protestante payée par le roi et forte de 20 soldats.

 

La ville  jouit donc d’un certain calme. Le 16 mars 1601 la sacristie a été rouverte pour communiquer les papiers utiles aux catholiques. Il y eut bien de temps en temps quelques escarmouches ou des paroles véhémentes prononcées par quelque tête brûlée, mais sans conséquence dramatique. Au cours d’une assemblée du 26 janvier 1620, les catholiques désavouent quelques uns des leurs qui suscitent des difficultés et déclarent vouloir vivre en paix et union avec leurs concitoyens comme par le passé.

 

Le 9 mai 1620 M. de Mirabel, gouverneur de la ville, leur ayant écrit  pour leur demander de faire revenir ceux qui étaient allés à Orange,  les consuls décrètent que c’est l’affaire de gouverneur mais concernant ceux qui ont laissé leur famille en nécessité, ils feront le nécessaire pour les soulager de même que plusieurs autres nécessiteux, sans qu’il soit question de religion.

 

En 1623, on répartit des mousquets : 1/3 aux catholiques et 2/3 aux protestants.

 

Je me permets de citer comme anecdote un texte que j’ai trouvé aux archives départementales de la Drôme. Il s’agit d’une «  protestation » passée par devant notaire, par un père capucin qui était venu, en 1626, prêcher le Carême à Nyons. Il s’était laissé convaincre d’aller écouter le prêche du ministre protestant et le lendemain, dans son sermon il expose que ce ministre avait réfuté « le passage des Hébreux » ? ? Je ne vous ferai pas de dissertation théologique sur le sujet mais cela l’avait fortement choqué et soudain le voilà interrompu dans son discours par « une voix séditieuse et haulte ». Les paroles que prononce cette voix ne sont mentionnées que par des initiales que je n’ai su transcrire «   qui l’impressionne tellement qu’il quitte l’église et refuse de continuer à prêcher le carême « vu la crainte qu’il a que mal n’arrive en leur présence veu que tel escandale est ardent dans la sus dite esglise et demeure impuni… »

 

Autre scandale  en 1656 : une nuit on rompit une croix, on en arracha une autre et quelques jours après on cassa les vitres et les tuiles de l’église et du couvent des Récollets. Une plainte fut déposée auprès du Parlement. Le duc de Lesdiguières  prit une ordonnance pour que les choses soient rétablies. Mais les réformés protestèrent que cette ordonnance était contraire à leur religion, à leur liberté de conscience et à la teneur de l’Edit de Nantes. Le duc ordonna alors, dans un but d’apaisement, que les réparations se feraient aux frais de la ville ce qui n’impliquait aucune des deux communautés religieuses.

 

Ce sont les plus importantes escarmouches dont j’ai relevé une trace assez précise dans les archives.

 

 Haut de page

o o O o o

 

Application de l’édit de Nantes (2)

 

 

En fait je pense  personnellement que ce sont les mouvements de troupes, qui n’étaient pas toujours la conséquence des questions religieuses, mais souvent des guerres entreprises par la France contre l’Italie ou l’Espagne,  qui ont été le plus dommageable pour la ville, considérée de tous temps comme une ville étape pour les troupes sur le chemin de l’Italie et  fut aussi une étape pour les troupes des chefs protestants (Montbrun, Lesdiguières…) ou les chefs catholiques (de Suze – La Motte Gondrin – de Gordes…)

 

De 1560 à 1564 les délibérations ne font état que des problèmes afférents aux armées : fourniture de viande à la camp du baron des Adrets – de moutons – envoi de vivres aux soldats de Montbrun qui assiègent les Pilles.

 

Les  Nyonsais de toutes origines ont eut beaucoup à se plaindre de ces soldats qu’ils devaient loger. A tour de rôle, suivant l’évolution de la guerre, ce furent en priorité chez les catholiques ou chez les protestants, quelquefois suivant le nombre,  « tant chez les papistes que ceux de la religion » comme en septembre 1574.

 

La ville devait subvenir à leur nourriture et à celle de leurs montures, soit en nature, soit en argent, fournir le bois, les chandelles et l’huile pour les faire brûler, ce qui lui coûtait fort cher, même si les villages voisins contribuaient parfois à ces dernières prestations. Quand les soldats n’étaient pas payés ou mécontents des prestations, ils se servaient sur les habitants dont ils emmenaient le bétail et saccageaient les cultures. Les consuls demandaient parfois que la ville soit exemptée du passage de certaines compagnies. Le 14 février 1565, on envoie Marc Roy auprès de M. de Gordes pour qu’il empêche M. de Suze de mettre une garnison à Nyons « à cause de sa pauvreté ». 

 

Le 6 septembre 1568 une députation va demander à M. de Montbrun qu’il empêche la levée d’une compagnie  et ne passe pas par Nyons. Dans le cas contraire il est dit que les catholiques sortiront de la ville pendant le passage de Montbrun. Pour deux à quatre jours. Pour aller où ?

 

Cette décision me semble devoir être rapprochée de celle prise en Irlande en juillet dernier lorsque les protestants de l’ordre d’Orange se préparaient à traverser la Garvaghy Road, rue catholique du village de Portadown,  pour commémorer la bataille de la Boyne  remportée le 1er juillet 1690 (et fêtée chaque année le 12 juillet) par Guillaume d’Orange sur les catholiques et les troupes françaises… Plus de 4 siècles plus tard … Mêmes causes, mêmes effets !

 

Le 21 novembre 1568, la femme de Pierre Basset, cordonnier, qui se trouvait à la fenêtre «  à la place publique » a reçu un coup d’arquebuse d’un des soldats en garnison.  « duquel coup -disent les consuls -elle serait passée de vie à trépas chose fort scandaleuse et non supportable, ne scachant toutefois – ajoutent-ils – si led. soldat a tué la femme expressément ou par disgrâce ». Nous parlerions aujourd’hui de « bavure ». M. de Glandage gouverneur au Buis sera avisé.     

 

En 1571, les consuls visitent les logis qui ont été occupés pour fixer les « aides » et faire une enquête sur les « folles » qu’ont faites les soldats.

 

Le 3 septembre 1587, il faut régler sans tarder M. Eymery dont les soldats sont venus de Benivay ravager le territoire et en novembre 1590, la garnison de Mollans, bien qu’elle ait été payée, a emmené tout le bétail qu’elle a pu trouver 

 

Le 7 juin 1596  4000 pains sont commandés pour fournir aux troupes de M. de Guise lors de leur passage : les consuls disent qu’ils feront faire autant de pains qu’il leur sera possible.

 

En 1635, les consuls demandent au lieutenant général de Créquy la restitution du bétail qui leur a été pris en se plaignant que depuis 10 ans la ville loge constamment des troupes allant en Italie ou en revenant.

 

En janvier 1641, les soldats des trois compagnies de cavaliers du régiment St Simon ont commis de telles violences et excès que – dit la délibération – « les ennemis n’auraient fait pire » : ils ont tué un habitant (Michel Martin), violé une femme dans la campagne, volé des habitants, chassé et voulu battre les prêtres et les habitants, tiré des coups de pistolets, arrêté le consul du Castellet « et fait plusieurs autres violences et désordres » Les officiers prétendent de leur côté qu’un « gentilhomme » aurait été blessé au visage de telle façon qu’il serait devenu aveugle. Le Sieur Bernard est envoyé à Pont St Esprit pour porter les doléances à  un commissaire.

 

En 1649, ce sont les compagnies du régiment de Sully qui forcent le magasin des étapiers, battent le commis et d'autres personnes, rompent les portes, brisent les bancs. Il faut faire appel auprès du vibailli du Buis.

 

En septembre 1659, à propos de la contribution aux  dépenses extraordinaires  résultant du traité de paix avec l’Espagne, le conseil général de la commune, tout  en se disant disposé à obéir au roi observe « que le lieu de Nyons n’est qu’un petit bourg composé d’environ 300 habitants, qu’ils ont soubstenu le passage des gens de guerre qui sont monté en Italie et descendus en Cathellogne tant par estapes que autrement, mesmes des montées des troupes du marquis d’Ussel en Italie, qu’il les a tellement appauvris qu’ils se sont engagés de plus de 400 000 livres dont ils en ont escarté la moitié sur leurs habitans et ne sçavent par quel moyen payer le reste ; qu’ils sont en souffrance sur le pays de plus de 400 000 livres à cause des sursoyances accordées par leurs supérieurs, comme aussi en souffrance du passage des troupes montant en Italie, pour les années 1649 et 1650 et quartier d’hiver de ces années ; que leur lieu est situé à l’embouchure des Alpes et dommagé par la rivière d’Egues qui traverse tout leur terroir et leur en emporte la moitié sans recours ni moyen d’esviter le désordre et un lieu desnué de négoce et de grains, lesquels ils acheptent à grand prix le long de toute l’année ; qu’il a esté atteint de peste par deux diverses fois pendant le passage des gens de guerre et que ces accidents les ont si fort apovris qu’ils n’ont pas le moyen de payer leurs tailles. »

 

Les archives concernant les affaires militaires de Nyons sont remplies de protestations, requêtes contre ces étapes, et des états des syndics receveurs sur les dépenses en résultant.

 

Haut de page

 

o o O o o

 

 

Application de l’édit de Nantes (3)

 

Pour compléter le tableau sur la situation de la ville en cette période il faut ajouter les épidémies de peste qui sévissaient régulièrement. De 1300 à 1669 la Provence aurait subi, dit-on, près de 20 épidémies.

 

Pour la période qui nous intéresse plus particulièrement les délibération de Nyons mentionnent plus de 25 alertes, qui entraînaient la fermeture des portes de la ville aux étrangers, l’avis aux troupes d’aller faire étape ailleurs et la prise de sévères mesures de salubrité.

 

Ce sont d’ailleurs parfois ces troupes qui transmettent l’épidémie au cours de leur passage dans une ville ou une région.

 

 On peut citer notamment l’épidémie de 1629/1630, amenée par les troupes du marquis d’Uxelles (que j’ai cité plus haut) d’abord à Lyon, d’où elle se  répandit dans le Languedoc, le Comtat, la Provence et le Dauphiné. Elle est dite « peste de Digne » car  cette ville vit périr les 9/10° de sa population.  Elle fit 2000 morts à Gap sur une population de 4771 habitants et 1600 morts à Briançon. Faute de registres paroissiaux catholiques et les registres protestants n’étant pas parvenus jusqu’à nous,  il n’est pas possible de connaître le bilan pour Nyons.

 

Une autre épidémie a régné d’avril à septembre 1640

 

Et je ne cite que pour mémoire quelques inondations, orages, gelées qui détruisent la récolte d’olives, principale ressource des habitants.

 

 Haut de page

o o O o o

 

 

Voilà donc très sommairement exposées les dures conditions dans lesquelles les nyonsais  des deux cultes  ont  vécu cette longue période.

 

o o O o o

 

       La révocation de l’édit de Nantes

 

Le temple de Nyons, comme bien d’autres en France, sera  démoli en 1685, à la révocation de l’Edit (18 octobre 1685)

 

Celui de Montélimar l’avait été l’année précédente et le Mercure Galant ne se fit pas faute de s’en réjouir et de publier des pièces de vers écrites à la gloire de l’évêque de Valence.

 

                                     « Illustre prélat dont la sagesse exquise

 Sert avec tant d’éclat d’ornement à l’église

Ton œil veillant à tout, l’hérésie aux abois

     Apprend de nos édits à respecter les lois….. »

 

Lors  de la mise aux enchères de cette démolition il est écrit «Les thuiles seront hostées du couvert et portées à la maison de ville aux fraix des derniers enchérisseurs, la muraille joignant le cimetière sera rasée jusques à la terre dud. cimetière, celle du costé du couvent des Relligieuses sera desmolies jusques au ras des fenestres quy sont sur la rue ; les piliers des trois  hars dud. temple seront desmolis jusques au fondement, le couvert de plastre et les galleries seront aussy desmolies, lesd. thuiles, bois et pierres et tailles concervées, le tout en bon père de famille… ». Après une mise à prix de 120 livres et plusieurs criées,  l’enchère est  enlevée par Jean Martinel, maçon, pour 44 livres.

   

C’est grâce à ce  texte que l’on peut :

 

-         d’une part apprécier l’importance du bâtiment qui comportait trois arcades en façade et deux galeries intérieures 

 

-         d’autre part situer son emplacement par rapport au couvent St Césaire (à l’ouest) et au cimetière catholique (entre le mur sud du temple et l’église), le cimetière protestant étant situé au nord est du temple.

 

Les protestants se retrouvèrent ainsi sans lieu de culte, en butte aux persécutions que l’on connaît et il y a seulement deux cent ans que le culte protestant de Nyons a pu de nouveau être célébré et ce, dans le temple actuel,  édifice qui à son origine était loin d’avoir cette destination puisque pendant près de 150 ans il fut la chapelle d’un couvent de Pères Récollets.

 

Haut de page

o o O o o

 

 

Les protestants après la révocation de l’Edit de Nantes

 

Cependant, malgré les persécutions, les protestants de Nyons ont continué à pratiquer en secret leur religion avant de pouvoir le faire au grand jour après l’Edit de Tolérance du 17 novembre 1787 qui leur reconnaît un état civil

  

Un peu avant la révocation de l’édit quelques-uns (on ne sait pas combien) étaient partis à Orange, sans doute pour ne pas avoir à loger des soldats et les consuls font prendre une ordonnance par l’Intendant du Dauphiné, leur enjoignant de rentrer dans les trois jours dans leurs maisons « et de les garnir des meubles et ustensiles nécessaires pour le logement des troupes de sa majesté ».

 

Mais il semble qu’il y ait eu en général une certaine modération  de la part des autorités nyonsaises.

 

En janvier 1694, le prévôt Delors rappelle à l’ordre le maire de Nyons,  Sarrobert :

 

« S’il s’agissoit Monsieur de mon intérêt particulier, je vous pardonerois sans peine mais s’agissant de l’intérêt du Roy, je ne puis que me plaindre de votre silence et manquement de parolle. Vous savés que j’attendois de vos nouvelles sur plusieurs chefs, premièrement sur la conduite de vos nouveaux convertis et en particulier sur les convertis qui reviesnent de païs estrangers et qui n’ont point fait abjuration, sur les contraventions qu’ils commettent aux deffanses du port des armes plomb et poudre et en un mot sur l’affaire qui vous donna la peyne de me venir trouver. Vous vous étiez même chargé de faire arrester Jean Gras. Cependant, je n’ai aucune de vos nouvelles ce qui pourroit nous attirer de sanglants reproches ; Pour vous en tirer mon cher Monsieur, faites arrêter Perot Gial ( ? ?) et mettre en lieu de seuretté, de quoy vous me donnerés advis et de tout le reste que je vous demande. Après quoy je me rendray sur les lieux. »

 

En 1701 le subdélégué recommande de surveiller si, 4 forçats nyonsais qui ont été libérés après avoir abjuré, se comportent en bons catholiques.

 

« Le roy, messieurs, ayant accordé la liberté à ceux des forçats condamnés pour fait de religion qui ont fait abjuration, qui paroissent remplir avec plus de sincérité les devoirs de catholicité et Monsieur l’Intendant m’ayant envoyé la liste de ceux de cette province avec ordre de me faire informer de quelle manière ces particuliers s’acquitteront de leurs devoirs de catholicité quand ils seront de retour dans les lieux de leur origine, je vous envoye au bas de la présente, le nom de ceux qui sont de votre lieu et vous prie de bien vouloir m’informer de la conduite que ces particuliers tiendront dans lad. religion catholique afin que j ‘en puisse rendre compte à Monsieur l’intendant… »

 

Il s’agit de :

 

-       Jean St Marc et David Magnan, condamnés en 1699  pour être allés à Orange

-              Hector Escoffier, en 1690 pour aide aux Vaudois

-              Jean Pierre Estève, en 1687, qui était sorti du royaume.

 

Parmi d’autres forçats nyonsais ::

 

-              Claude Allemand, arrêté en 1690 pour aide aux Vaudois est décédé à l’hôpital ; en  1699   après 9 ans de bagne

-              Alexandre  Gleyse, arrêté en même temps, pour la même raison est aussi décédé en 1691

-              Jean Vigne, arrêté en 1699 pour être allé à Orange ne sera libéré en 1713, après 24 ans de bagne

-              Jean Archimbaud, condamné en 1689 pour avoir poussé de nouveaux convertis à s’assembler est mort à Port Vendres en 1691

 

A la fin de l’année 1754, dans un des registres paroissiaux catholiques, le curé Tardieu, dressant un état d’une soixantaine de familles protestantes nyonsaises (sans doute moins que la réalité), écrit en tête :

 

« Ce fut en 1738 que les religionnaires de Nyons et du voisinage renouvelèrent leurs assemblées mais ce ne fut guère qu’en 1744 qu’ils les tinrent ouvertement dans la campagne et jusques dans la ville même, qu’ils y firent baptiser leurs enfants et qu’ils s’y marièrent. Le roy envoya des troupes et le parlement des commissaires. Il y eu en conséquence plusieurs arrêts qui condamnèrent divers particuliers soit à des amendes soit à des peines affligeantes et tous ceux qui s’étoient mariés au désert furent déclarés concubinaires avec défense de cohabiter sans avoir réhabilité leur mariage devant l’église. Plusieurs, en effet, firent bénir leur mariage après avoir fait abjuration ; c’est pourquoi on ne les trouvera pas compris dans l’état cy après. Les châtiments semblèrent avoir arrêté  ces désordres. Mais en 1754 ils recommencèrent et les mariages au désert devinrent aussi fréquents qu’auparavant ; pour les baptêmes il ne s’en fit qu’en 1744.

 

Il n’y a pas de documents d’origine protestante concernant cette période

 

Plus tard, en mai 1765, les consuls reçoivent une lettre de reproche :

 

« J’apprends, Messieurs, par différentes lettres que les Religionnaires de vos cantons s’assemblent continuellement surtout ceux de Nyons et que ces derniers ont encore tenu tout récemment une assemblée le 12 de ce mois à l’extrémité de votre territoire. Je suis très mécontent, Messieurs, de l’espèce d’indifférence avec laquelle vous voyez arriver tous ces événements et de votre négligence à m’en instruire. Je compte que sous serez plus exacts à l’avenir et que vous ne me mettrez pas dans le cas de remarquer davantage une négligence d’autant plus répréhensible que je vous avois expressement chargé de ne rien me laisser ignorer de tout ce qui pourrait intéresser le service du Roy et la tranquillité publique. »

 

Et je ne parle pas ici des protestants de Venterol et Vinsobres dont certains furent eux aussi envoyés aux galères pour des faits similaires.

 

C’est le 17 novembre 1787 que fut publié l’Edit de Tolérance qui redonnait un état civil aux protestants, sans toutefois leur accorder la liberté de culte et en les écartant toujours de certaines fonctions de magistrats et d’enseignants. Il fallut attendre la Révolution française pour qu’ils soient enfin considérés comme des citoyens français à part entière et on comprend l’engagement de bon nombre d’entre eux.

 

Les livres de compte que j’ai consultés aux archives du presbytère protestant  remontent seulement à 1778. Il y a également un registre des délibérations du consistoire  commencé le 31 juillet 1778.

 

J’y ai relevé l’histoire de deux coupes en argent.

 

Le 8 juillet 1781 il est inscrit que le consistoire reçoit avec reconnaissance deux coupes en argent données en propriété à l’église par feu Estienne Plaince « lesquelles sont conformes à tous égards aux intentions bien connues du donateur et comme M. Delachau pasteur avait été chargé les faire faire ainsi que la somme léguée à cet effet » Elles sont confiées à la garde de Sr François Vigne fils de David.

 

Mais le 26 novembre 1793, le consistoire « animé par des principes vraiment républicains arrête à l’unanimité que don soit fait à la nation des coupes en argent appartenant à l’église protestante de Nyons et charge le citoyen Morin, pasteur de les déposer sur le bureau de la Société populaire de Nyons, invitant la dite société à vouloir bien les faire passer à leur destination ». Le pasteur Maurin va donc récupérer les coupes chez François Vigne. Et dans les archives municipales on trouve dans une liste des objets de culte remis à la Société populaire, pour être ensuite envoyés à la Convention, les deux coupes reçues à la date du 11 nivôse an II (21 décembre 1793). Il est indiqué  qu’elles pesaient poids de marc (poids utilisé surtout en orfèvrerie et bijouterie) 4 marcs 3 onces 7 gros, soit environ  1200 grammes.

 

Ce même pasteur Maurin se présente devant le corps municipal le 6 vendémiaire an IV (28 septembre 1795) « lequel voulant se conformer à la loi du 11 prairial relative aux cultes nous a déclaré vouloir se soumettre aux lois de la république » et le 5ème complémentaire an V (21 septembre 1797) il vient déclarer « Je jure haine à la royauté et à l’anarchie attachement et fidélité à la république et la constitution de l’an III »   

 

Les protestants de Nyons possédaient probablement un lieu de culte puisque à la date du 6 ventôse an II (24 février 1794) le Comité de Surveillance de Nyons écrit à la Convention Nationale une lettre disant « les citoyens composant la ci devant église réformée, après avoir envoyé à la Convention les culiers en argent qui servaient à son culte ont encore fermé leur temple. Ils ont juré de ne le rouvrir que pour en faire celui de la raison ». (A.D.D. L.1057). Je n’ai trouvé aucun document permettant de situer ce bâtiment ou ce local.

 

Enfin, d’après les livres de comptes, entre 1774 à 1793, il est versé environ 10, puis 12 livres par an soit à  Philippe Pommier et son frère, soit à Michel Gleyze, pour « transporter et monter la chaire »

 

Il y a par ailleurs aux archives municipales, à côté des registres paroissiaux, trois registres d’actes protestants tenus par les pasteurs Lombard (1766/1792) et Armand (1769/1793). Ce dernier prit aussi une part active lors de la Révolution française dans les sociétés populaires.

 

 Haut de page

o o O o o

 

Historique des Récollets

 

Pour faire l’historique du temple dans lequel nous nous trouvons, il faut d’abord faire celui du couvent des Récollets.

 

Les Récollets étaient un des ordres religieux nés de la contre Réforme catholique au XVI e siècle, une branche réformée de la famille franciscaine apparue vers 1533

 

En 1639, à la suite de la prédication très remarquée du carême par le Père Louis Manis, des Récollets de Lyon, les catholiques de Nyons demandèrent à leur évêque de Vaison la permission de construire un couvent de cette obédience, en proposant, en attendant, d’offrir aux religieux « une maison commode pour leur logement, garnye de meubles convenables pour leur profession ». La ville comptait alors un prêtre et vicaire perpétuel, un prêtre secondaire et deux prêtres agrégés.

 

Comme pour d’autres implantations dans les Baronnies et le Vivarais, le choix de Nyons n’était pas le fruit du hasard : il était principalement dirigé contre le site protestant. Dans un « Essai sur les origines monastiques dans le diocèse de Valence » publié en 1881, le chanoine Nadal écrit avec une véhémence aussi outrancière que celle de l’abbé Vincent : « Nyons était alors comme le boulevard de l’hérésie (…) Tombée de bonne heure au pouvoir des Huguenots, cette petite ville leur avait été donnée en otage par l’édit de Nantes. Sous de pareils maîtres, Nyons devint le théâtre d’une guerre acharnée contre le catholicisme ; les églises y furent incendiées, les  prêtres expulsés ou massacrés, le culte et surtout le sacrifice de la messe aboli, interdit sous les peines les plus sévères et cet état de choses dura plus de soixante ans jusqu’à ce que le roi Louis XIII y mit un terme en rétablissant dans la ville, la religion catholique ».  

 

Des enquêtes diligentées par le prieur de Venterol et le vicaire de Nyons auprès des bourgeois et gentilshommes de la ville et des environs ainsi qu’auprès des communes voisines, conclurent le 3 juin 1639 « que la maison et mission desd. R.P. Recollets establis par authorité de Monseigneur l’Evêque au dict lieu de Nyons n’estoit pas suffisante pour entretenir les Religieux necessairement à la quantité de la moisson des ames qui se peut faire et que partant ils requièrent  la permission pour construire un couvent entier » et estimèrent qu’il y avait la possibilité de faire vivre dans ce couvent douze religieux grâce aux dons, aumônes et pensions qui étaient escomptés car ordre mendiant, les franciscains ne vivaient que de quêtes, de dons et legs. Il était prévu entre autres les 40 écus que les catholiques avaient l’habitude de donner chaque année au prédicateur – des dons des diverses communes environnantes – une aumône de 10 écus par an d’un catholique nyonsais – 24 écus par an par les habitants de Curnier à condition qu’un P. R. irait leur dire une messe tous les 15 jours. Quant au nombre de 12 religieux, il  découlait de la  défense faite par les papes Grégoire XV et Urbain VIII d’ériger de nouveaux couvents à moins que douze religieux ne puissent y vivre des revenus ou aumônes qui leur seraient versées. En outre, les prédicateurs de carême, y compris pour les religieuses du couvent St Césaire, devraient être exclusivement choisis parmi les pères de cet ordre, moyennant rémunération. 

 

En 1642, Messire Jean Duclaux lègue 300 livres aux Révérends Pères Récollets, ainsi qu’un champ voisin du jeu de mail d’une superficie de 11 éminées soit environ près d’un hectare, pour y établir leur couvent avec un jardin. Les dons des habitants catholiques s’ajoutent à ces legs. En 1643 des lettres patentes approuvent et autorisent sa fondation et un brevet royal du 24 juillet de la même année accorde aux Récollets l’utilisation des matériaux et décombres provenant de la démolition du château qui se trouvait dans la ville (et non pas ceux de la citadelle comme cela a été souvent écrit par erreur). A noter qu’en 1685, après la révocation de l’Edit de Nantes ce sont les débris de la démolition du temple qui serviront à réparer et reconstruire l’église.

 

Le couvent, dénommé dans certains textes, couvent Ste Marthe,  ne fut achevé qu’en 1657 et le 17 octobre 1660 l’édifice fut béni et l’église consacrée par l’évêque de Vaison qui, après être intervenu avec insistance auprès des supérieurs de l’ordre pour la création de cette mission, apporta de tous temps son appui aux pères Récollets. Lors de ses visites pastorales il leur faisait simplement une visite de courtoisie. Quant au père Provincial il constatait que la dizaine de reliques placées dans des « bustes » étaient toujours bien en place : St Paul – St Théodore – Tiburce – Victoire – Basile – Doedat – Maurice – Cirine – René – Claudia – Felicissima…

 

Le 18 septembre 1680 le prévôt et le chanoine de l’église de Gap leur avait permis de catéchiser et confesser dans leur diocèse jusqu’à Serres et de quêter dans tous les lieux compris dans cette étendue sous  l’agrément des curés de ces lieux.

 

Mon propos n’est pas de faire l’historique détaillé de la présence de cette congrégation à Nyons. On ne sait pas quel fut le nombre exact de religieux qui occupèrent les vastes bâtiments qui comprenaient une importante bibliothèque d’environ 1200 volumes et auxquels était adjointe une chapelle. L’inventaire de cette bibliothèque fut fait en 1791. Les livres étaient encore au couvent  au début du XIX e siècle et il était fortement question de les transférer dans une salle du Couvent St Césaire pour éviter qu’ils se perdent et se détériorent, mais cela ne fut pas fait faute d’argent et on perd leur trace…

 

Fidèles à leur tradition franciscaine d’apostolat les pères ont donc été d’abord chargés de convertir les protestants (dans un compte de 1686 on trouve la somme de 40 livres pour un « prédicateur recollet à cause de la conversion des deux tiers des habitants », mais la mission des R.P. a la plupart du temps consisté  à prêcher le carême aux catholiques nyonsais.

 

 

Le déclin du couvent

 

Vers la fin du XVIII e siècle l’ordre des Récollets ayant perdu beaucoup de son influence, le provincial de la province de Lyon expose au roi que le petit nombre de religieux auquel ils se trouvent réduits est insuffisant pour assurer la vie des 27 couvents et hospices de la région et qu’il est nécessaire d’en supprimer un certain nombre, ce que fera le roi par ordonnance du 2 avril 1782. Nyons est de ceux-là.

 

Il ne reste plus alors dans le couvent qu’un seul père, le R.P. Chrysante Desloy, chargé d’en assurer la garde, que l’on retrouvera en 1791 curé d’Aulan.

 

 

La nouvelle vie du couvent

 

La ville de Nyons tente à plusieurs reprises, mais en vain, de se faire attribuer les locaux pour des affectations diverses dont la création d’un collège, mais à la veille de la Révolution la question n’est toujours pas résolue.

 

L’église sert alors de salle publique pour les assemblées des citoyens, rassemblant de 120 à 257  personnes pour les élections municipales du 31 janvier 1790 et pour d’autres encore jusqu’en 1794 - elle a même failli en août 1794 servir de grenier à foin – et cela bien que l’ensemble du couvent  (bâtiments et  jardin attenant) considéré comme bien national ait été finalement mis aux enchères pour la somme de 8000 livres, suivant le rapport d’estimation des experts, et adjugé le 7 mars 1791 à deux négociants de Nyons, Joseph Favier et Pierre Vigne,  futur maire, seuls enchérisseurs, pour la somme de 9100 livres.

 

Un inventaire avait été dressé le 30 avril 1790, en même temps que du reste du couvent, du mobilier, des tableaux dont 13 dans l’église, autels, objets de culte, vêtements sacerdotaux… Certains éléments se retrouvent à l’église catholique : la Vierge qui se trouvait avant la Révolution  sur le tympan de la porte d’entrée de la chapelle  fut transportée dans une chapelle de l’église avant d’être installée au-dessus de la porte d’entrée. Le retable qui  est dans la 4e chapelle de gauche serait l’œuvre d’un moine franciscain du Couvent des Récollets. Dans la sacristie il existait un autre retable, à cinq portes, avec un christ en ivoire sur l’une d’elles.

 

D’autres objets et mobiliers du couvent sans grande valeur sont vendus aux enchères le 16 juin 1791 en présence de Joseph Grolet, officier ministériel, d’Antoine Alexandre Romieu, membre du directoire du district et Jean Aragon officier municipal. Quelques nyonsais se les partagent sans passion. Seule émerge de ce lot la chaire à prêcher, « avec son impériale en bois de noyer ouvré » qui est acquise pour 19 livres par le protestant Charles Orange. On ne sait pas ce qu’elle est devenue.

 

La descente de la cloche, d’un poids de « 275 livres poids de table » et son transport à Montélimar feront l’objet d’une enchère le 17 novembre suivant.  Michel le cadet emporte l’adjudication de la descente pour 8 livres et Faure celle du transport pour 3 livres 15 sols le quintal.

 

Alors que les bâtiments proprement dits du couvent deviendront ultérieurement l’hôpital hospice, ses acquéreurs subrogent le 22 germinal an III (12 avril 1795) par acte passé chez Me Jacomin de Nyons, à M. Charles Marié La Condamine le bâtiment de l’église et la petite cour située devant la porte principale, pour la somme de 2275  livres. Cette famille La Condamine semble être originaire de Bourdeaux. Le pasteur Arnaud cite un M. de la Condamine, riche bourgeois, en 1717, à Bourdeaux. Parmi leurs descendants il faut   signaler le pasteur Bonifas           

 

Voici le texte de l’acte :

 

« Au Nom de la Nation, l’an trois de la République et le vingt deux germinal, avant midy

Par devant le notaire public établi pour le département de la Drôme à la résidence de Nyons soussigné et en présence des témoins ci après nommés, ont été présents les citoyens Pierre Vigne et Joseph Favier, négociants résidens à Nyons, adjudicataires du couvent des ci devants recolets et de ses dépendances, suivant l’adjudication du 7 mars 1791, de l’administration du Directoire du district, Lesquels de leur gré ont subrogé comm’ils l’avaient fait verbalement le susdit jour, le citoyen Charles Marié résident audit Nyons, ici présent, stipulant et acceptant, pour continuer la possession, propriété et jouissance qu’il en a prise le dit jour 7 mars 1791 du corps de l’église du dit couvent, la partie du sanctuaire où se trouvait placé l’autel, comm’aussi la partie du côté du nord entre la dite église, le sanctuaire et le chemin de Nyons à Vinsobres ; laquelle subrogation est ainsi faite pour et moyenant le prix et somme de deux mille deux cent soixante et quinze livres que le citoyen Marié demeure chargé de payer ainsi qu’il le promet et s’y oblige, si fait n’a été, entre les mains du receveur du  District ou autre ayant droit de recevoir, dans le temps et en conformité de la susdite adjudication et d’en relever et garantir les subrogateurs et le subrogataire. Déclarant les parties que les murs de séparation de l’Eglise et du sanctuaire subrogé d’avec le surplus des Bâtimens restants aux subrogataires, furent faits et construits d’abord après l’adjudication et subrogation verbale.

Ainsi convenu et promis observer entre les parties sous les obligations et soumissions en forme.

Fait et publié à Nyons dans notre étude, en présence des Citoyens Jean Claude Jacomin et Louis Bertrand résidens à Nyons, témoins requis et signés avec nous et les parties.

Signés :

J. Favier – P. Vigne – Marié La Condamine – Jacomin – Bertrand – Jacomin. »

 

M. Marié Lacondamine agissait au nom des membres du consistoire de l’église réformée de Nyons et une partie de la somme 1446 livres 7 sols 8 deniers lui avait remise par M. Jean Henry Rasclas trésorier des pauvres de l’église protestante de Nyons ainsi que le prouve une quittance privée faite à Nyons le 4 brumaire an IV et déposée chez le notaire Delachau, le 28 octobre 1829, l’autre partie ayant été réglée par le citoyen Orange (s’agit-il de Charles Orange qui avait déjà acheté la chaire ?).

 

Il est d’ailleurs permis de supposer que lors de l’acquisition, Pierre Vigne et Joseph Favier, tous deux protestants, avaient déjà envisagé, peut-être en accord avec des membres du consistoire, que cette église pourrait bien devenir leur temple.

 

Il est en effet  curieux de lire dans les registres du consistoire de Nyons que le trésorier reçoit le 25 germinal an II (14 avril 1794) soit un an avant la date de la subrogation, un don de 1000 livres qui sont léguées par Paul Craponne, protestant, décédé à Marseille le 14 ventôse (4 mars)  « pour les réparations à faire à la ci-devant église des Récollets ».

 

 

Les travaux

 

Les différentes affectations du bâtiment pendant les premières années de la Révolution ayant entraîné de nombreuses dégradations, quelques travaux ont du être réalisés pour pouvoir ouvrir l’édifice aux protestants de Nyons qui étaient à peu près au nombre de 1400 sur une population d’environ 2700 habitants et c’est seulement en 1801 que l’édifice pourra commencer à recevoir les fidèles. Le consistoire de Dieulefit dans sa séance du 5 septembre 1802 déclare que « l’église de Nyons est officiellement reconnue » avec Pierre Maurin comme pasteur dont l’acte de consécration, reproduit par le pasteur Arnaud, date du 5 novembre 1791 :

 

« Nous, soussignés, déclarons à qui il appartiendra, que Monsieur Pierre Maurin a séjourné trois ans et demi dans le Séminaire français de la ville de Lausanne pour y perfectionne ses études de Philosophie et de théologie. Nous déclarons qu’il a constamment donné pendant son séjour ici des preuves d’application, de talens, de bonnes mœurs et de piété éclairée, qu’après l’avoir, sur la demande de sa province, appelé aux  épreuves préliminaires à la consécration au Saint Ministère, il a pleinement satisfait ses Examinateurs et reçu par un délibéré unanime l’imposition des mains le 5 novembre 1791. Nous le recommandons avec un vif intérêt à nos chers frères en Christ et aux Eglises qui pourront être confiées à ses soins, implorans sur sa personne et sur son ministère les bénédictions de Dieu notre Père et de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. »  

 

Ce pasteur Pierre Maurin épousera le 1er octobre 1813  Marie Henriette Zani.

                                                            

Auparavant, le 5 septembre 1810 le consistoire a donné comme consigne de ne célébrer les baptêmes et mariages que dans le temple et recommandé au pasteur quelques règles de conduite ainsi que la tenue vestimentaire à adopter : habit noir – manteau – rabat…

 

 Haut de page

 

o o O o o

 

  Jusqu'à nos jours

 

Les premiers travaux réalisés ne seront pas suffisants pour assurer la sécurité du bâtiment.

 

En 1805 le préfet est alerté sur le risque d’un écroulement total. Le conseil municipal, reconnaissant leur urgence, est prêt à faire exécuter les réparations nécessaires, mais en fait, l’entretien des bâtiments du culte protestant n’est pas à la charge de l’Etat et pour prévenir tout accident le temple est à la veille d’être fermé. Il faut attendre un décret impérial du 5 mai 1806 pour que soit reconnu l’égalité des deux cultes protestant et catholique. Le 7 juillet 1806 le Préfet transmet au sous préfet un arrêté daté du même jour pour faire prendre en charge les travaux par la ville de Nyons. Le temple pourra alors être remis en état.

 

De 1818 à 1821 on prévoit une nouvelle série de travaux.

 

Notamment : à l’origine,  4 mètres environ séparaient le temple d’un mur de clôture qui bordait la route allant de Nyons à St Maurice. Les gouttières des toits se déversaient dans cet espace qui, en cas de pluie, était transformé en un véritable cloaque. Pour remédier à cet inconvénient il est prévu de couvrir cet espace, d’élever les murs côté levant et nord et de percer deux fenêtres donner du jour à ce local qui sera encore amélioré plus tard et sert aujourd’hui de salle paroissiale. Lors de la rédaction du devis, en 1818, il est indiqué que le local « pourrait s’utiliser pour les mères qui conduisent leurs enfants aux prières, lesquels seraient séparés de l’assemblée et ne causeraient aucune distraction à qui que ce soit… »

 

Il est fait mention :

 

-     de chapelles, sur la droite. Je ne sais pas la date de leur disparition.

-         de la construction de tribunes aujourd’hui également disparues

 

Des « amateurs de musique » ont proposé en juillet 1825, au consistoire, de les autoriser à placer un orgue dans l’intérieur du temple et ils se sont engagés à ne rien réclamer auprès du consistoire et à l’entretenir à leurs frais.

 

Dans des comptes on trouve en 1876 une souscription pour des travaux à faire dans le temple dont la construction d’un clocher. A-t-il été réalisé ? On trouve en 1949 un bail passé pour 30 ans, entre l’hôpital et l’association cultuelle pour la location du clocher moyennant une redevance de 100 francs par an à charge par l’association de faire à l’édifice les réparations d’entretien nécessaires. Une nouvelle cloche a été inaugurée le 10 juin 1951 à l’occasion du 150 e anniversaire de la célébration du culte dans le temple.

 

Une Bible en pierre a remplacé la statue de la Vierge. Réalisée en 1898 par Charles Fuzat, tailleur de pierres, elle a coûté 22 francs plus 7 francs 40 pour la gravure de 67 lettres.

 

Une légende dit qu’un souterrain, partant sous la sacristie, reliait l’église au monastère de St Pierre, ce qui me paraît bien improbable, vu la distance d’une part, et parce que, d’autre part,  lors de la construction du couvent des Récollets, les religieuses de St Césaire avaient depuis longtemps abandonné leur couvent de St Pierre pour s’installer à l ‘intérieur des murs de la ville aux environs de 1592.

 

Ce qui est plus réaliste c’est que les sépultures des  moines se trouvaient dans l’église  de leur couvent ce qu’ont révélé des travaux réalisés en 1914 à la suite d’un gros orage. Le souterrain était peut-être tout simplement une crypte ? ?    

 

Vous pouvez aujourd’hui admirer les derniers travaux effectués à l’occasion du bicentenaire de la célébration du culte dans ce lieu.

 

Quant à l’environnement il a peu changé au cours du dernier siècle si ce n’est que l’on peut regretter la disparition des deux beaux ormeaux qui s’élevaient devant l’édifice. Ils dataient de Sully et on dut les abattre en raison de leur grand âge, au grand désespoir de nombreux nyonsais. Ils ont été remplacés par deux oliviers.

 

o o O o o

 

 

   En conclusion

 

En conclusion je dirai que l’histoire des guerres de religion à Nyons semble encore à faire si l’on veut faire la part du vrai et du faux dans tout ce qui a été écrit.

 

Jeannine Démésy

24 novembre 2001

 

 Haut de page /  Histoire / Accueil